Gogol est d'un accès moins facile qu'il ne paraît au premier abord. On peut ne voir en lui qu'un amuseur ou, mieux, un satirique dénonçant les tares du régime qu'il avait sous les yeux. Pourtant son œuvre a une autre dimension. Au-delà des apparences de son siècle, c'est la condition humaine qu'il cherche à atteindre. Ce qui l'obsède, c'est l'esprit de lourdeur, d'apathie qu'il y a dans toute vie, envahie par des démons mesquins : habitudes, manies, tics, répétition quasi automatique des gestes et des paroles.
On dit souvent que Gogol est un réaliste, qu'il a ouvert la voie au réalisme russe. Ce n'est vrai que partiellement. Lorsqu'il commença à écrire, la littérature russe ne s'était pas encore trouvée : elle imitait le théâtre et le roman européens du xviiie siècle dans un style généralement pompeux et académique. Le ton narratif introduit par Gogol (et par Pouchkine, son aîné de dix ans) paraît, en comparaison, d'une simplicité quasi miraculeuse. Dès les premières lignes d'Ivan Fiodorovitch Chponka et sa tante, par exemple, on assiste à la naissance d'une littérature.
Gogol part toujours d'une observation minutieuse de la réalité. C'est par l'accumulation de détails vrais, pittoresques qu'il prête une apparence à ces fantômes que sont ses personnages, dépourvus de substance humaine.
Mais le mot réalisme est loin de suffire à expliquer son œuvre : le fantastique, le lyrisme, la poésie pure y occupent une grande place. Gogol croyait au surnaturel. Il croyait en la Providence et plus peut-être encore au diable qui le tourmenta toute son existence sous des formes diverses.
La vie de Gogol contient un drame : il eut à lutter contre son propre génie qui, lui montrant la laideur et la stagnation de ce monde, le mal en un mot, l'effrayait.
1. La jeunesse
La biographie de Gogol est intérieure. Il n'a pas participé à de grands événements ; il s'en est même peut-être instinctivement préservé, pour mettre à l'abri un bien précieux : sa vision tout originale des hommes.
Nicolas Vassiliévitch Gogo […]
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