Le nom d'Udall, bien que ce maître d'école ait traduit du Térence (1533), préparé un divertissement en vers latins et anglais pour le couronnement d'Anne Boleyn (1533) et adapté les Apophtegmes d'Érasme (1466-1536) en 1542, n'est passé à la postérité que grâce à sa comédie Ralph Roister Doister, la première comédie « classique » en anglais, jouée en 1533, sans doute par les élèves de Westminster School, dont il était le directeur. Udall, ancien étudiant de Corpus Christi (Oxford), fit une carrière de pédagogue. Il était maître à manier les verges à Eton, où il eut quelques ennuis. Il en fut chassé, occupa divers postes dans l'Église, et finit directeur de Westminster School, où il écrivit ce petit chef-d'œuvre savoureux, qui présidait à la naissance de la comédie anglaise en plein âge Tudor.
L'expression comédie classique en anglais n'est pas une vaine formule. Ralph Roister Doister est, en effet, de construction classique, comme chez Plaute ou Térence. Les personnages recoupent les emplois traditionnels de la comédie latine, et les péripéties de l'intrigue obéissent aux mêmes règles, quiproquos, mystifications, bagarres, rendez-vous retardés ou manqués. Mais cela est coulé dans un moule typiquement anglais : climat de l'action, noms des personnages, robustesse de la langue, commérages, vives couleurs d'un réalisme qui se rend crédible par on ne sait quelles invraisemblances. On se croit vraiment dans un village anglais, où dame Christian Constance, veuve de solide vertu, entourée de la bande naïve et futée de ses servantes, subit à contre-cœur les assauts désordonnés du fanfaron Ralph Roister Doister (le miles gloriosus devenu le braggart), secondé par son fripon de valet, Matthew Merrygreek, moitié esclave de la comédie latine, moitié Vice des moralités, en tout cas prototype du parasite comique, voleur-menteur-intrigant, dont la postérité est longue et les avatars divers dans la comédie anglaise. Mais dame Constance ne cède pas : elle attend avec sérénité le retour de Gawyn Goodluck, son […]
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