4. « Un vieux bolchevik »
À partir de 1929, il procède de temps à autre à des « autocritiques » ; il occupe encore des fonctions officielles, mais n'exerce plus aucun pouvoir. Il figure comme rédacteur en chef des Izvestia jusqu'au 16 janvier 1937 ; cependant, au cours de son procès, il déclarera être en état d'arrestation depuis plus d'un an. Principal accusé présent du procès du « bloc antisoviétique des droitiers et trotskistes » (dénomination officielle), il est inculpé de sabotage, conjuration destinée à renverser Staline, espionnage pour le compte de l'Allemagne et du Japon, complot pour démembrer l'U.R.S.S. au profit de ces puissances. Tout en passant, à l'instar de tous les accusés, les « aveux » les plus invraisemblables, il se regimbe lorsque le procureur l'accuse d'avoir voulu assassiner Lénine en 1918. Exécuté aussitôt après le procès, il sera réadmis à titre posthume comme membre du Parti en 1988.
Les dernières années de Boukharine furent celles d'un homme lucide, mais sans perspectives politiques et sans espoir. Lors d'un passage en France en 1935, il rend visite à l'un des leaders mencheviques en exil, auquel il remet un article donnant un tableau saisissant de l'U.R.S.S. à cette époque ; cet article parut anonymement au début de janvier 1937 dans le bulletin des mencheviks Socialisticheski Vestnik, sous le titre « Lettre d'un vieux bolchevik ». Ce même bulletin leva l'anonymat en novembre 1959.
Dans le panthéon des dirigeants de la révolution d'Octobre, la figure de Boukharine est une des plus tragiques sinon la plus tragique. Il n'a pas l'envergure d'un Lénine ou d'un Trotski, il n'est pas un homme politique au sens strict comme un Zinoviev, il ne demeure pas au second plan comme un Kamenev, il n'a rien de commun, en dépit de ses écarts des années 1926-1928, avec la grossièreté et la démagogie d'un Staline. C'était un intellectuel. Son caractère enjoué et son esprit ont fait de lui le favori du parti ; il était un remarquable professeur. Ses dons cependant ont amené cet homme, profondément attaché à la cause de la révolution socialiste, à assumer, au cours d'une période très difficile, des responsabilités politiques à des postes pour lesquels il lui manquait la force de caractère indispensable.
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