Mystique et diplomate suisse, Nicolas de Flue a eu le curieux privilège de gouverner, du fond de sa retraite d'ermite dans le Ranft, une large part de la politique helvétique pendant la seconde moitié du xve siècle. Une sagesse, non dénuée de ruse, un amour sincère de la paix, un ascendant spirituel certain et l'art de trancher les querelles en se tenant à l'écart des intérêts qui s'y jouaient ont fait de lui un des principaux unificateurs de la Confédération. C'est sans doute grâce à son opiniâtreté que la Suisse évitera l'éclatement qu'aurait pu provoquer la Réforme à ses débuts.
Né à Flüeli près de Sachseln dans une famille de notables, Nicolas de Flue — Niklaus von Flüe — mène pendant trente ans une existence de bourgeois aisé, actif dans la vie politique. Il a dix enfants de son épouse Dorothea Wyss, occupe un poste de conseiller, devient juge en 1459, est élu député à la diète en 1462, mais refuse la nomination de Landammann. Déjà rebuté par les mesquineries de la politique, il s'indigne d'un verdict obtenu par pots-de-vin et, échouant à le briser, il renonce à toutes ses fonctions, rompt avec le monde, prend, le 16 octobre 1467, congé de […]
