Écrivain suisse, voyageur, photographe et poète, Nicolas Bouvier est né le 6 mars 1929 au Grand-Lancy, près de Genève, dans un milieu cultivé, marqué du côté de sa mère par un protestantisme sévère dont il se débarrassera plus tard. Son père amène à la maison les célébrités qui fréquentent la bibliothèque universitaire dont il est vice-directeur. Le jeune Nicolas rencontre ainsi Marguerite Yourcenar, Thomas Mann, Robert Musil, Hermann Hesse.
1. À l’écoute de la polyphonie du monde
Tout de suite après des études de droit et de lettres, en 1953, il part dans sa Fiat Topolino pour un voyage de trois ans qui le conduira de Genève au Japon, via la passe de Khyber et Ceylan. La première partie de ce voyage, entrepris avec le peintre Thierry Vernet et qui va de la Yougoslavie au Kurdistan, sera racontée dans L'Usage du monde (1963), illustré avec les croquis de son compagnon de route. L'ouvrage évoque les terres de l'Asie, la recherche des « lieux auspicieux », les instants d'intense présence aux choses, en une invitation incessante à goûter la douceur de la vie comme s'il fallait mourir demain. Récit d'un Montaigne contemporain où l'Histoire est sans cesse présente, L'Usage du monde est devenu un livre culte pour de nombreux écrivains français et étrangers, complété en 2001 par L'Œil du voyageur, qui propose les photographies prises par l'auteur au cours de ce voyage.
Dans Japon (1967), puis dans Chronique japonaise (1975), qui en constitue la reprise et le développement, la perception du poids du passé se double d'une attention aiguë à l'instant, aux odeurs, aux bruissements de rire du présent, à une fête paysanne, à une excursion au nord, dans l'île de Hokkaidō. Bouvier fait au Japon l'apprentissage de la photographie, et son premier livre sur le pays du Soleil levant est illustré de magnifiques images : visages, épouvantails, sumotoris, idéogrammes, stèles votives s'ajoutent aux photos d'un mur troué devant lequel passent des êtres humains. Ce passage incessant sur fond fixe restitue sans exotisme […]
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