3. Caractère de Néron
La nature profondément pathologique du comportement de Néron ne fait aucun doute. Suétone insiste sur le caractère trouble de ses rapports avec sa mère : l'influence de cette femme qui, dès son enfance, fit de lui un simple instrument de son ambition impitoyable fut, à coup sûr, fort néfaste. Tacite et Suétone ont insisté avec complaisance sur les débauches variées de Néron. On peut les suspecter d'exagération mais non mettre en doute, pour l'essentiel, leur témoignage. Le sadisme fut, assurément, une des composantes de son caractère, mais non essentielle : la folie meurtrière dans laquelle il sombra eut surtout pour cause la peur maladive que lui inspirèrent sa famille, son entourage ou les opposants.
L'aspect le plus original de sa personnalité fut sa passion esthétique. Il fut poète, chanteur, joueur de cithare, acteur, conducteur de char. Il voulait se produire en public, recueillir des prix et des applaudissements, et cette obsession singulière finit par occuper une place prépondérante dans son esprit. C'était le développement du mousikos anèr, l'homme qui, par sa dévotion envers les Muses et les arts, participe à la vie des dieux. Les archéologues ont remarqué l'intérêt de ce qui subsiste, sur l'Esquilin, de l'immense Maison dorée (Domus aurea) que Néron s'était fait bâtir : l'architecture et la décoration témoignent d'un effort de renouvellement, d'imagination, de rupture avec l'académisme augustéen ; on a pu penser que Néron avait directement participé à ces recherches esthétiques.
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