Le 11 février 1990, le plus ancien prisonnier politique du monde recouvre la liberté. Au bras de sa femme et le poing levé, Nelson Mandela, l'icône de la lutte anti-apartheid, quitte libre la prison Victor Verster, à Paarl, près du Cap, en Afrique du Sud. Des millions de téléspectateurs découvrent alors le visage de Nelson Mandela, dont on n'avait plus d'images depuis 1965. Celui qui avait été le commandant en chef d'une armée secrète de libération puis le leader mythique du peuple noir emprisonné dans les townships, comme lui dans son pénitencier, devient alors le principal négociateur de la transition vers la fin de la domination blanche en Afrique du Sud. Avec Frederik De Klerk, dernier chef d'État du régime d'apartheid, Mandela reçoit le prix Nobel de la paix en 1993, avant de devenir le premier président noir du pays, élu en 1994. Il est resté, après son mandat de cinq ans, un père de la nation très attentif au sort de son peuple.
1. Le jeune chef : du Transkei à l'A.N.C.
L'enfance de Mandela, né le 18 juillet 1918, est avant tout celle d'un fils de chef de tribu, membre de la famille royale des Thembus, appartenant au peuple Xhosa.
Mandela restera toujours marqué par l'éducation traditionnelle qu'il a reçue : le goût de la liberté et du défi forgé entre camarades de jeu durant ses jeunes années à Qunu (près de Mvezo) ; mais également sa formation de chef à Mqekezweni, la cour du régent des Thembus, lequel a adopté le jeune garçon à la mort de son père, en 1927. C'est de là que le futur président sud-africain tient sa conception d'un pouvoir politique légitimé par la capacité de son détenteur à énoncer le consensus général.
À la mission méthodiste de Qunu, puis au collège de Clarkebury, au lycée de Healdtown et à l'université pour Noirs de Fort Hare, Mandela est formé pour faire partie de l'élite indigène utile à son peuple comme à l'administration blanche. Si son souhait est alors de devenir un « Anglais noir », il comprend petit à petit qu'au-delà de son identité thembu, i […]
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