Tant par ses poésies que par ses poèmes scéniques, Nelly Sachs n'a cessé d'analyser et de commenter le calvaire du peuple juif : elle se sentait intimement liée à ce peuple, jusque dans son propre destin.
Nelly Sachs naît à Berlin. Quoique attirée par la danse, elle choisira de s'exprimer par le mot. En 1940, à l'ultime moment donc, Selma Lagerlöf et quelques autres amis parviennent à l'arracher au IIIe Reich. Une longue maladie succède alors aux sévices qu'elle a endurés. Une fois guérie, Nelly Sachs se met à traduire la littérature du pays qui l'accueille (la Suède) et à consigner, peu à peu, « ce qui fut son lot » en Allemagne. Parmi nombre de distinctions, elle reçoit, avec Agnon, en 1966, le prix Nobel de littérature. Elle est morte à Stockholm.
Bien qu'ayant commencé de bonne heure à écrire — ses premiers textes sont en tout point romantiques —, Nelly Sachs n'atteint qu'à partir de la guerre la pleine maturité de son talent. Son premier volume de poèmes, Dans les demeures de la mort (In den Wohnungen des Todes), paraît en 1946 à Berlin-Est : y sont déjà présents tous les thèmes auxquels elle accordera dorénavant son attention. En fait, dit son commentateur Andersch Enzensberger, elle n'a jamais cessé de travailler à un seul ouvrage, et la poésie fut pour elle une manière de prière. En effet, dans sa description des tourments concentrationnaires, qu'elle évoque dans L'Obscurcissement des étoiles (1949), c'est moins une accusation qui retentit qu'une lamentation ; par-delà l'horreur vécue s'édifie un ordre neuf, sacré, où la haine n'a point sa place ; un jour, un monde viendra qui sera sans passé et que seule aura permis d'atteindre une fuite dans « cela qui ignore la poussière ». À ce thème est étroitement lié celui de la transformation — pour Nelly Sachs, le signe de la condition humaine ; la chrysalide devient papillon, mais, moins que le résultat, c'est le processus qui compte ici. La poétesse ne cesse d'évoquer une « démarche », un « mouvement », une « recherche » : la […]
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