2. Aux origines : les spirituals
L'esclavage a signifié, pour les Africains enlevés et transbordés en Amérique du Nord, l'obligation de s'adapter aux conditions d'une société nouvelle, elle-même encore inachevée. D'origines très diverses, dispersés autant que faire se pouvait pour que ne se reforment pas des communautés homogènes, ils ont dû fusionner les survivances des civilisations où ils étaient nés pour inventer une sorte de culture panafricaine en exil. Il leur a fallu, également, acquérir certains éléments de la culture des maîtres pour communiquer avec eux. Ainsi, la communauté afro-américaine des États-Unis s'est-elle formée au fil de processus d'innovation complexes qui entrelacèrent des éléments venus de nombreuses sociétés africaines et d'autres pris dans le « stock », lui-même divers, des colons blancs. La religion a fourni un des premiers domaines dans lesquels cette fusion a été réalisée. Le protestantisme, issu, aussi bien dans sa filiation luthérienne que dans son courant méthodiste, d'un souci de rendre la religion au peuple, s'exprimait en des formes (prédication, musique) susceptibles de toucher des individus déportés. Ses messages d'espoir (amour, malgré le racisme, sur la Terre ; rédemption conduisant à un monde meilleur) pouvaient procurer un certain réconfort, d'autant plus que les textes tirés des Livres d'Israël en exil, les récits de la marche vers la Terre promise semblaient recouper l'expérience des esclaves.
Ainsi, quelle qu'ait été la politique officielle quant à l'évangélisation des Noirs, ceux-ci s'emparèrent du christianisme ; à leurs pratiques et à leurs besoins, ils adaptèrent ses chants rituels. Les Awakenings (« réveils ») religieux qui scandèrent la vie américaine après 1740 (et notamment entre 1780 et 1830) suscitèrent des rencontres (au cours des Camp Meetings) et des échanges qui jouèrent probablement un rôle important dans la création des premiers chants noirs. Il est possible que, dès 1760, des répertoires propres aux Afro-Américains aient existé. […]
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