3. Esthétique
Le principe essentiel des nazaréens est l'idée de « vérité », qu'ils opposèrent aux exercices schématiques des académiciens comme à la peinture du baroque tardif. De l'héritage des classiques (David, Flaxman), ils conservèrent la ligne comme principal élément du tableau. Les nazaréens surent exprimer dans leur dessin et dans leur trait une très haute sensibilité. La couleur reste dans l'esprit du Moyen Âge, elle est plate et remplit de façon égale les formes et les fonds. La première impression laissée par un tableau nazaréen est celle d'une grande variété de couleurs, mais assez fades, et une froide exactitude en ce qui concerne les détails. Leurs dessins et leurs études, effectués souvent à la mine de crayon, nous apparaissent aujourd'hui comme leurs meilleures réalisations ; ils se caractérisent par la précision du trait et le format monumental de l'exécution. Ils atteignent à une tension mystique comparable au dessin allemand de l'époque de Dürer. Les nazaréens ont excellé en outre dans l'art du portrait peint et gravé. Mais leur préférence artistique allait à la peinture murale monumentale, ainsi que Cornelius l'a exprimé : la peinture à fresque est « le seul moyen [...] pour redonner à l'art allemand le fondement d'une nouvelle orientation digne de l'époque et de l'esprit de la nation ». On peut affirmer aujourd'hui que l'essentiel de l'influence des nazaréens réside dans leurs grands travaux de peinture à fresque et dans les répercussions que cette peinture eut sur l'illustration.
Une conception du paysage que l'on pourrait appeler nazaréenne apparut seulement dans les années 1810-1825. Le paysage est saisi avec réalisme, mais les lignes principales sont accentuées, précisées par des surfaces hachurées, où l'on reconnaît nettement l'influence des œuvres gravées de l'époque de Dürer. L'aquarelle, dans les tons bleus en général, recouvre la totalité du dessin. Les maîtres de cette technique du dessin sont C. P. Fohr, F. Horny et Olivier, ce dernier ayant aussi été le seul à peindre des paysages. Après 1825, ce genre de dessin disparaîtra au profit d'œuvres plus réalistes. Cependant, les nazaréens plus jeunes (L. Richter, Settegast, Dräger, A. Müller, Ittenbach) conserveront longtemps encore la technique du dessin aux traits fins et appuyés qui donnent l'impression d'un affaiblissement de la réalité.
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