Conformément à son étymologie (natio, en latin, a pour origine nascere, « naître »), le terme nation désigne initialement un groupe plus ou moins vaste d'individus ayant une origine commune. Ainsi, dans l'université de Paris, avant le xve siècle, les étudiants étaient classés en quatre nations (France, Picardie, Normandie et Allemagne). Le terme s'appliquait donc, de manière assez floue, à des populations ayant des caractéristiques culturelles ou religieuses communes, habitant une même contrée ou appartenant à un même État. C'est à partir du xviiie siècle que le vocable acquiert une nouvelle dimension et devient une notion fondamentale de la modernité politique et sociale.
À l'époque des Lumières, la nation reçoit une signification nouvelle qui fait d'elle une des armes de la révolution idéologique engagée contre les sociétés d'Ancien Régime. La nation désigne désormais la population d'un État, mais selon un principe radicalement différent de celui qui rassemble les sujets d'un même souverain. Selon la définition fournie par l'abbé Sieyès à l'aube de la Révolution française, la nation est « un corps d'associés vivant sous une loi commune et représentés par une même législature ». Un principe de libre association définit donc la nation. La Déclaration des droits de l'homme et du citoyen (26 août 1789) précise la nouvelle conception du terme : « Le principe de toute souveraineté réside essentiellement dans la nation. Nul corps, nul individu ne peut exercer d'autorité qui n'en émane expressément » (article 2). La nation est un corps politique formé de citoyens libres et égaux en droits, seul détenteur légitime de la souveraineté.
On oppose parfois deux conceptions de la nation qui seraient antagonistes. La première, dite française, reposerait sur cette définition purement politique et contractuelle, issue du mouvement des Lumières et de la Révolution. L'appartenance nationale serait alors le résultat d'une adhésion libre et rationnelle du citoyen. Inversement, il exister […]
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