5. Récupération du passé
Dans tous les cas, il y a, en vue de la réalisation du fait national, quelque chose à récupérer. Ce phénomène de récupération est des plus importants, visant à recouvrer une sorte de paradis perdu : anciens royaumes, empires passés, formes politiques coutumières que dominations ou colonisations ont apparemment engloutis, mais que la mémoire collective a conservés vivants, dix fois déformés et par là même idéalisés. C'est d'autant plus vrai que ces formes politiques étaient davantage structurées, et que le moment de leur disparition est plus proche, sinon dans la chronologie concrète, du moins dans la tradition orale. Si la référence aux formes politiques aztèques ou quichuas ou autres ne furent que des mobiles sans importance (ou dont il convenait même d'achever la destruction, comme le firent les leaders créoles de l'Amérique latine), si les Frères des treize colonies construisirent à partir de rien (mais, on le sait, il s'agissait de sécession libératrice d'abord, de reconstruction ensuite), il n'en fut pas de même durant la deuxième vague, ni durant la troisième. Ici et là, à plus ou moins grande distance, sous une forme mythique ou dans un cadre historique, perçu comme une durée pouvant englober le présent, le souvenir des temps antérieurs à la domination ou à la colonisation était vivant. On ne tient jamais assez compte de ce que, pour simplifier, on nomme la « mémoire collective » des populations, et pas davantage de la brièveté de la période de colonisation, notamment dans les pays de la troisième vague. Ce n'est qu'en fonction du rapport des générations que s'effectue, partout et toujours et a fortiori dans les pays de tradition, qui sont essentiellement des pays de respect, le changement. Il en fut ainsi, sous des formes et avec une intensité différentes, en Asie du Sud-Est et même en Afrique du Nord : partout, sous l'influence des leaders, apparut quelque chose à « récupérer », à faire revivre, quand ce n'était pas seulement à perpétue […]
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