Chercher à discerner, sur la base de l'observation des nations « en train de se faire » (selon l'expression des sociologues latino-américains), les caractéristiques, les éléments constituants – éventuellement les moments – de ces « constructions nationales », s'efforcer simultanément de remonter dans le temps, de vague en vague, jusqu'aux premières nations historiquement admises, afin de tenter d'en découvrir un modèle général, voire universel, fait apparaître plusieurs postulats. En premier lieu, si la nation est bien « construction », elle ne saurait être considérée comme un donné, une manière de groupement « naturel », qui serait à envisager, dans la pratique politique, comme une fin en soi : cela conduirait à justifier une quelconque déviation nationaliste, déformation du principe national. Ensuite, les coïncidences constantes que révèle l'apparition des nations interdisent de songer à une naissance plus ou moins fortuite de ce mode de groupement, et donc, comme on l'a plus ou moins envisagé lors de l'apparition des premières nations, antérieurement aux « vagues », la nation ne peut être le résultat de la seule volonté d'hommes providentiels agissant dans le cadre de frontières dites naturelles. Enfin, le fait que les nations naissent par vagues amène à penser que la dynamique de leur construction ressortit à deux formes, l'une externe, liée aux actions de pouvoirs politiques étrangers à la nation en construction, l'autre interne, liée aux forces nationalitaires elles-mêmes.
Que l'on puisse parler de « vagues de constructions nationales » ne semble pas niable : la plus récente, et qui est encore en cours, est celle qui, au milieu du xxe siècle, s'est greffée sur le processus de « décolonisation », essentiellement afro-asiatique. Elle est précédée, au milieu du xixe siècle et au début du xxe, par ce que l'on a nommé « éveil » (ou « réveil ») des nationalités, phénomène qui a touché surtout l'Europe centrale et l'Europe orientale, ainsi que l'Italie. La première, au début du xixe sièc […]
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