4. Le mythe féminin
Bien qu'appartenant à la première génération des romanciers américains, Hawthorne va d'emblée plus loin que James, que Faulkner, qu'O'Neill ou qu'Albee dans la peinture de la femme. À une époque où les féministes faisaient déjà beaucoup parler d'elles, il n'était pas sans remarquer que la prétendue émancipation de la femme n'était que négative. Même s'il n'a pas su en tirer jusqu'au bout les conclusions – ce qui serait plutôt la tâche d'un philosophe ou d'un sociologue –, il a été le seul de son temps à dépeindre avec force le drame de la femme moderne en Amérique et la rivalité entre la psyché masculine et la psyché féminine qui en est inséparable. Dans Valjoie (The Blithedale Romance, 1852), nous voyons en Priscilla le type de féminité que « l'homme a passé des siècles à parfaire », faible, désarmée, implorant la protection masculine, contrastant avec la statuesque Zenobia, la femme nouvelle qui, malgré son indépendance, n'est pas heureuse. Quant à la Miriam du Faune de marbre (The Marble Faun, 1860), elle voit dans le père, l'époux et l'amant l'ennemi héréditaire, tout comme une héroïne de Strindberg. Mais Hester seule incarne la féminité telle que Hawthorne la concevait. C'est dans La Lettre écarlate qu'il laisse éclater, en dépit de ses réticences puritaines et en accord avec ses désirs secrets, la révolte féminine. Hester Prynne revendique le droit de préférer à un vieux mari un jeune amant, le droit d'aimer, de vivre, de se cultiver pleinement, de penser et d'agir comme un homme. Hawthorne a bel et bien tracé le portrait de la femme capable de sauver l'homme qui oserait l'aimer sans arrière-pensée et l'aider à devenir elle-même, et cela, paradoxalement, à l'encontre de toutes ses idées antiféministes. Car son idéal féminin secret était, ô scandale ! aussi éloigné de celui qui s'illustre dans les ligues de tempérance que son roman pouvait l'être du roman victorien. C'est pourquoi La Lettre écarlate peut encore être un livre explosif.
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