2. L'exploration souterraine
La pente de l'imagination hawthornienne conduit irrésistiblement vers les régions souterraines, les régions interdites de la conscience malade, malheureuse. La santé et l'optimisme du Nouvel Adam américain, sûr de lui et confiant dans l'avenir, n'existent qu'à l'extrême limite du spectre moral hawthornien. Pas plus que Faulkner, Hawthorne ne croit à l'avenir. Sa conscience vit au passé. Passé psychologique plus encore qu'historique. Il s'agit d'une époque de la conscience américaine, époque de superstition, de persécutions, d'hallucinations collectives, de crimes perpétrés au nom de croyances fanatiques. Ce passé n'est pas seulement à ses yeux un moment pittoresque de l'histoire des États-Unis, c'est avant tout une province de l'esprit, une province allégorique, une région secrète et ténébreuse. Même le microcosme colonial qui gravite autour d'Endicott, le champion de l'indépendance américaine, est un reflet intérieur : Hawthorne nous le peint « en abyme » dans le miroir de l'armure du héros puritain. Tout est inclus dans le cercle magique de l'imaginaire. Les tribulations des héros hawthorniens, leurs itinéraires capricieux sont du domaine de l'onirisme. Wakefield qui erre par les rues, se fuyant lui-même, refusant le bonheur, est une conscience enfermée dans son propre dédale. Le jeune Robin, à la recherche de son parent, le major Molyneux, se perd dans le même labyrinthe nocturne peuplé de masques, de figures fantasmagoriques et de démons, pour découvrir enfin l'identité ambiguë de son père symbolique. Le révérend Hooper se couvre le visage d'un voile noir qui symbolise la noirceur secrète de l'âme et la solitude de l'individu incapable d'échapper à son cauchemar intérieur. Le jeune sieur Brown, en pleine lune de miel, quitte son épouse pour s'enfoncer au cœur de la forêt et se rendre au sabbat des sorcières.
La seule hantise du péché ne saurait rendre compte de la complexité de cette œuvre où se trouvent inextricablement mêlées dans un rêve unique une expérience adamique à rebours (de l'innocence à la connaissance du mal), une crise de croissance, une expérience perverse, presque sadique (au sens magnifique du terme) et une expérience esthétique. Ethan Brand, enfin, nous montre un héros de la même trempe qui pousse jusqu'à ses conséquences dernières l'alchimie maléfique et se détruit par le feu qui émane de la nuit même de la conscience oppressée.
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