Des germes de rêveries fantasques et tragiques déposés dans une âme enfantine, la hantise d'une malédiction ancestrale aboutirent, chez le jeune Nathaniel Hawthorne, à la naissance d'images stylisées, allégoriques, pourtant chargées d'ambiguïté, parmi lesquelles des figures tantôt angéliques, tantôt démoniaques – souvent les deux à la fois –, féminines et masculines, maternelles et paternelles s'affrontent de façon dramatique et symbolique. Car l'enfer et le paradis sont, pour Hawthorne, des provinces de sa propre conscience. Le domaine théologique de la psyché se confond chez lui avec le domaine onirique : les meilleurs Contes de l'auteur et La Lettre écarlate en fournissent l'illustration. En revanche, les œuvres postérieures à 1850 marquent un déclin et l'emprise de la sclérose allégorique sur la vitalité créatrice. Car l'être créateur qui naît grâce à des circonstances particulières évolue, grandit, finit souvent par disparaître avant l'homme qui lui a donné asile. Reste alors l'œuvre ; celle de Hawthorne a marqué la littérature des États-Unis.
1. Les germes oniriques
Nathaniel Hawthorne naquit à Salem dans le Massachusetts ; il mourut en voyage à Porstmouth dans le New Hampshire à l'âge de soixante ans. Très tôt orphelin de père – le capitaine Hawthorne était mort en Guyane hollandaise alors que son fils avait quatre ans –, le jeune Nathaniel fut élevé par une mère très belle, mais que son veuvage rendait distante et quelque peu austère ; il se vit, de surcroît, condamné accidentellement à l'immobilité pendant des mois. L'imaginaire prenant le pas sur le réel, l'esprit de l'enfant fut bientôt le lieu de rencontre de tous les fantômes qui hantaient plus ou moins la communauté où il vivait et, tout particulièrement, sa famille. La tradition voulait que le juge Hawthorne, persécuteur de quakers et de sorcières, ait reçu la malédiction d'une de ses victimes : « Dieu vous donnera du sang à boire ! » Nathaniel vit-il dans l'accident qui le privait de l'usage de ses jambes […]
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