C'est à Shitamachi, la ville basse de Tōkyō, que naquit Naruse Mikio. Ses parents, artisans brodeurs, disparurent très tôt, et il dut subvenir à ses besoins alors qu'il n'avait qu'une dizaine d'années. En 1920, il entre comme accessoiriste à la Shōchiku, la grande compagnie de production cinématographique qui venait de se créer. Il aurait dû, comme son frère, devenir technicien du chemin de fer, mais cette perspective ne l'avait jamais intéressé ; sa grande passion était la littérature. Autant que son expérience de Shitamachi, elle marquera profondément son œuvre : il adaptera, entre autres, Kawabata Yasunari et Hayashi Fumiko, qui dépeint la misère de ses consœurs les femmes de Shitamachi.
La carrière de Naruse Mikio ne ressemble guère à celle d'Ozu Yasujiro qui, très vite, fut promu réalisateur dans la même compagnie et dont l'itinéraire s'illustre par la constance ; Naruse resta près de dix ans assistant-réalisateur, ce qui, au début de la Shōchiku, était rare. Il fut d'abord celui d'Ikeda Yoshinobu, qui tournait, dans les années vingt, une dizaine de mélodrames par an, avec sa femme pour vedette : Kurishima Sumiko. Elle devait jouer plus tard pour Naruse ; mais à cette époque, ce dernier, effacé, solitaire, se réfugiait dans l'alcool : ses relations avec Kido Shirō, le jeune et autoritaire directeur des studios Shōchiku-Kamata n'étaient pas des plus faciles. En 1929, il voulut démissionner, mais le réalisateur Gosho Heinosuke l'en dissuada ; il devint son assistant et peu de temps après on lui donna l'occasion de réaliser une comédie burlesque : Chambara fūfu (Couple en duel). Comme tous les aspirants réalisateurs de la Shōchiku, il devait faire ses preuves avec des courts métrages non sensiques, en vogue à l'époque. En 1930, il réalisa un long métrage, Ai wa chikara da (L'amour, c'est la force), mais ce fut un échec et il dut se remettre au court métrage. Il fut reconnu, enfin, avec Erakunare (Réussis !) en 1932 et sa carrière commença véritablement avec l'adaptation, la même année, d'une œuvre de […]
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