Chaque naissance est une victoire contre la mort. Dans la vie animale, l'effectif des populations est le garant de la survie de l'espèce, avec ou sans participation des parents à la protection et à l'alimentation de leur progéniture. Pour l'espèce humaine, les enjeux sont bien différents car l'espoir parental revêt l'enfant attendu des qualités qui permettent de construire un projet familial. « Lorsque l'enfant paraît », c'est donc un événement à nul autre pareil – à condition qu'il ait été désiré. La limitation des naissances par la contraception individuelle et par l'avortement est longtemps restée limitée à certaines sociétés ou à certaines situations difficiles. Sa « mondialisation » dans les années 1950 fut initialement légitimée par l'explosion démographique que permettaient les récents succès de la médecine. Le droit (et même le « devoir ») de réduire le nombre des descendants et de les espacer judicieusement, a aussi été présenté comme le moyen de favoriser l'« épanouissement » de chaque enfant. Finalement, le « conseil génétique », l'élimination des fœtus reconnus « hors des normes », les limites assignées aux manœuvres de réanimation néonatale vont entreprendre de remplacer la sélection naturelle par une eugénique scientifique. Ces mythes ne sont pas nouveaux puisque le terme « eugénique » a été créé dans les années 1880 par sir Francis Galton, et qu'Émile Zola a souligné que, dans la société industrielle, l'enfant prend une valeur variable selon qu'il est considéré comme « une charge ou un objet de gloire » dès lors qu'il n'est plus « l'hôte à qui l'on fait place au foyer » (Fécondité, 1898).
Le droit à l'enfant « planifié », gratifiant pour sa famille comme pour la collectivité, a pour corollaire une extrême sensibilité à l'échec : la stérilité (réelle ou supposée), frustration intolérable, est plus douloureusement ressentie que lorsqu'elle était interprétée comme l'effet d'une malédiction divine. Rappelons, quand même, que la grossesse n'est pas la conséquence in […]
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