6. Allaitement maternel
L'évolution des idées et plus encore des comportements sur l'allaitement maternel depuis un demi-siècle est particulièrement instructive et pourrait servir de conclusion.
Jusque vers les années 1930 l'allaitement maternel s'imposait. C'était une nécessité dont on ne discutait pas le bien-fondé, renforcé si besoin par les statistiques de morbidité et de mortalité qui montraient sa supériorité évidente plus particulièrement dans les milieux pauvres.
Les progrès dans la fabrication et la commercialisation des laits industriels au cours de la décennie 1940 transformèrent la situation et l'allaitement maternel sembla obsolète à une grande partie du public et des médecins.
Le carré des pédiatres, obstinés partisans de l'allaitement maternel, avait beaucoup de peine à trouver des arguments pour défendre son point de vue en face des prises de poids plus importantes des enfants au biberon, de la pureté bactériologique des laits en poudre et de la liberté pour la mère. L'argument même que le lait de la femme est fait pour le petit d'homme comme celui de la chatte pour le petit chat ne semblait pas recevable, teinté qu'il était d'un finalisme rappelant Bernardin de Saint-Pierre.
Depuis la fin des années soixante-dix un revirement s'est fait à partir de travaux scientifiques convergents : nutrition, immunologie, psychologie et éthologie par des voies différentes ont prouvé la supériorité éclatante du lait maternel.
Le courant de pensée écologiste a facilité la pénétration de ces notions surtout chez les jeunes mères, premières et essentielles dans ce choix.
La remontée de l'allaitement maternel a été importante en France, même si elle ne concerne aujourd'hui qu'un peu plus de la moitié des femmes à la sortie de la maternité. Comme nous le disions au début de cet article, elle témoigne de la complexité des comportements autour du nouveau-né et de tant de faits, dont la lecture, toujours incomplète, se fait à plusieurs niveaux et par approches multiples.
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