2. La naissance en Europe
• Mythes du héros et roman familial
Les représentations mythiques européennes concernant la naissance sont extrêmement nombreuses et par conséquent difficiles à appréhender et à ordonner. La classification la plus maniable adopte le schéma des rites de passage découvert et défini par A. Van Gennep. Les rites de passage comportent successivement les stades de séparation, de marge et d'agrégation et ont pour fonction de faire passer un individu d'un milieu social ou religieux à un autre, tout au long de son existence. Dans le cas de la naissance, on ressent la nécessité toute particulière de soumettre ce processus biologique à une élaboration symbolique, dans l'intention d'intégrer le nouveau-né à son groupe social et religieux.
On trouve dans la mythologie indo-européenne un grand nombre de récits dont le motif initial est constitué par la naissance du héros de la narration. C'est qu'en effet le héros mythique se signale presque toujours par une naissance remarquable et, réciproquement, le récit d'une naissance dans un mythe a pour fonction de signaler la naissance d'un héros. Peut-être faut-il se demander si ce motif mythique n'a pas la même fonction que la marque sociale que l'Ancien Régime appelait précisément « naissance », dans l'expression par exemple « avoir de la naissance », et qui servait à la hiérarchisation des classes sociales.
Une des versions les plus connues de ce motif a été étudiée par O. Rank à partir d'exemples puisés dans la mythologie indo-européenne et proche-orientale. On y retrouve un schéma narratif commun : le héros est l'enfant de parents éminents, c'est souvent le fils d'un roi. Sa conception est précédée de difficultés, une stérilité prolongée par exemple, ou bien l'obligation faite à son père et à sa mère de garder secrètes leurs relations sexuelles ; avant ou pendant la grossesse, une prophétie – rêve ou oracle – avertit des dangers de cette naissance qui mettrait en péril la vie du père ; conséquemment, le nouveau-né […]
… pour nos abonnés, l'article se prolonge sur 7 pages…



