2. La photographie : hasard et nécessité
Au début des années 1850, Nadar, opposant farouche au régime de Napoléon III, est alors essentiellement caricaturiste. Encore célibataire, il s'installe au 113, rue Saint-Lazare avec sa mère. En 1854, il envoie son frère Adrien, peintre raté, prendre des leçons de photographie dans l'atelier de Gustave Le Gray. Depuis quelques années, cet ancien élève de l'École des beaux-arts dispense des cours de photographie à la haute société parisienne désireuse de s'adonner à ce nouveau passe-temps de luxe. Pour Adrien, il finance également un atelier de portrait photographique boulevard des Capucines. Nadar s'équipe également et aménage un studio dans ses appartements de la rue Saint-Lazare. À peine marié à Ernestine-Constance Lefèvre, il va très vite collaborer avec Adrien afin de sauver l'atelier de ce dernier d'un naufrage certain. Pour le compte du studio, Félix fait venir nombre de ses amis du monde des lettres et des arts parisiens : viennent se faire photographier Baudelaire, Théophile Gautier, Alexandre Dumas, Gustave Doré, ou encore Gérard de Nerval, quelques jours avant son suicide.
L'atelier remis à flot, Adrien, qui se fait alors appeler « Nadar jeune », demande à Félix de se retirer. Une querelle éclate entre les deux frères qui ne se résoudra qu'en 1860, à la mort de leur mère. Désireux de récupérer pour son seul usage son nom d'artiste, Félix intente un procès à Adrien et ouvre en 1855 rue Saint-Lazare, la « Seule maison Nadar (pas de succursale) ». Fort de l'exploitation des ressources glorieuses du carnet d'adresses de son directeur, l'atelier devient l'un des plus prisés et l'un des plus chers de la seconde moitié des années 1850. Nadar développe un talent certain pour le portrait, qui tranche avec les méthodes utilisées jusque-là. Afin de mettre le sujet à l'aise, il entre en discussion avec lui et, tirant profit de la technique quasi instantanée du collodion sur verre, le prend pour ainsi dire par surprise. Cela permet au portr […]
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