3. La réhabilitation philosophique et liturgique du mystère
Cependant, plusieurs tentatives ont été faites pour redonner au terme la plénitude de sens que des siècles de scolastique lui avaient fait perdre, et pour le revivifier au contact des sources bibliques et patristiques. La première tentative est née chez les philosophes. On peut en déceler l'amorce chez Pascal. La transmission du péché originel, qui est, selon lui, « le mystère le plus éloigné de notre connaissance, est une chose sans laquelle nous ne pouvons avoir aucune connaissance de nous-mêmes ». La situation se trouve ici renversée au profit du mystère : le mystère devient, chez Pascal, le tremplin d'où la pensée prend son essor : « Certainement, rien ne nous heurte plus rudement que cette doctrine ; et cependant, sans ce mystère, le plus incompréhensible de tous, nous sommes incompréhensibles à nous-mêmes. Le nœud de notre condition prend ses replis et ses tours dans cet abîme ; de sorte que l'homme est plus inconcevable sans ce mystère que ce mystère n'est inconcevable à l'homme. » (Pensées, éd. Brunschvicg, no 434.)
L'un des essais les plus intéressants pour repenser l'idée de mystère a été, à l'époque contemporaine, celui de Gabriel Marcel dans Position et approches concrètes du mystère ontologique (1933). Gabriel Marcel reproche aux philosophes d'avoir abandonné le « mystère » aux théologiens d'une part, aux vulgarisateurs de l'autre. (Récupérer au profit de la philosophie la notion de mystère est une entreprise qui peut se recommander de Platon : ce dernier a inséré dans ses dialogues maints éléments empruntés aux religions à mystères.) G. Marcel situe la notion de mystère par rapport à celle de problème, tout en sachant qu'on ne peut espérer tracer, entre les deux, une ligne de démarcation rigoureuse : « Un mystère, c'est un problème qui empiète sur ses propres données, qui les envahit et se dépasse par là même comme simple problème. » G. Marcel fait porter sa réflexion sur le mystère de l'union de l […]
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