6. Génomique comparative
La détermination de la séquence complète du génome de Mycobacterium leprae, qui a été publiée en février 2001 (S. T. Cole et al, « Massive Gene decay in the leprosy bacillus 2001 », in Nature, no 409, pp. 1007-1011, 2001), devrait permettre d'y voir un peu plus clair dans les propriétés de ce proche parent du bacille de la tuberculose, Mycobacterium tuberculosis. D'abord, son génome séquencé est plus petit, d'un quart environ, que celui de M. tuberculosis. Ensuite, son potentiel de codage est encore réduit par le fait qu'un quart de ce petit génome est occupé par des pseudogènes, c'est-à-dire des gènes inactifs, incapables de coder pour une protéine, mais dont on trouve les analogues chez M. tuberculosis. En d'autres termes, leur fonction s'est perdue. En fait, M. leprae a perdu presque la moitié des gènes de M. tuberculosis au cours de leur évolution divergente. Ce phénomène a été constaté aussi dans le cas de Yersinia pestis (dont le génome a été séquencé en 2001) et chez des bactéries intracellulaires obligées : les gènes devenus inutiles dans un environnement riche comme une cellule sont progressivement perdus par la bactérie, comme dans les chlamydiae et les rickettsies.
La connaissance du génome du bacille de la lèpre permet-elle de comprendre les propriétés singulières de la bactérie et en particulier sa croissance lente et sa pathogénicité ? Sans doute, mais pas tout de suite. Pour le moment, et en ce qui concerne la relation immédiate avec la cellule hôte, on sait que le bacille code pour une paroi moins complexe que celle de M. tuberculosis, mais est doté de ce qu'il faut pour être neurotrope. Le bacille tire son énergie des acides gras de l'hôte mais son équipement enzymatique est des plus minces : ce qui peut expliquer les conditions de sa croissance lente. Comme d'autres bactéries, M. leprae a besoin de fer pour être pathogène et dispose de l'appareillage nécessaire, encore qu'il soit restreint par rapport à celui de son cousin. La comparaison d'avec d'autres mycobactéries, comme le BCG, montre une évolution assez rapide de ces souches par perte et acquisition de groupes de gènes. Dans ce contexte, les techniques génétiques ont permis d'examiner le lien entre des différences génomiques et des différences physio-pathologiques, par exemple en enlevant ou en ajoutant des gènes à volonté. Elles rendent possible une stratégie d'intervention antibactérienne plus raisonnée, seule approche satisfaisante pour comprendre et maîtriser un monde mycobactérien qui reste une réelle menace en santé publique.
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