3. Le mutationnisme et l'évolution
Avec le mot « mutation », De Vries utilise un terme déjà introduit en paléontologie par Wilhelm Waagen pour caractériser la variation lente et graduelle des espèces fossiles suivie à travers les terrains géologiques. À cette époque, de nombreux paléontologues insistent d'ailleurs sur l'aspect heurté du rythme de l'évolution des lignées, inaugurant ainsi une conception saltationniste (par « saut ») du changement des espèces, une conception qui paraît s'accorder avec le mutationnisme.
Notons que, dans la théorie mutationniste, la sélection naturelle constitue un facteur évolutif secondaire, seulement capable d'éliminer les individus les plus monstrueux. Cependant, si, au début du xxe siècle, les preuves s'accumulent rapidement en faveur de l'existence des mutations génétiques, la plupart d'entre elles se révèlent nocives pour les individus qui les présentent, et, surtout, d'une ampleur beaucoup plus limitée que celles qu'avait postulées De Vries. Ainsi, dès 1918, se mettent en place les fondements d'une nouvelle discipline scientifique, la génétique des populations ; elle étudie, au sein du groupe reproducteur, le rôle évolutif des mutations génétiques ponctuelles, lesquelles changent à peine les caractères anatomiques, physiologiques et comportementaux de l'individu. Ronald Fisher montre alors, grâce à des calculs théoriques complexes, la complémentarité des mutations et de la sélection naturelle dans le processus évolutif. Au fil des générations, la sélection permet l'accumulation, au sein des populations de grand effectif, de mutations aux effets individuellement mineurs, ce qui, à force de temps, provoque un changement dans la composition des gènes de l'espèce. De nombreuses expériences menées notamment par Georges Teissier, Philippe L'Héritier et Theodosius Dobzhansky sur les drosophiles – les mouches du vinaigre –, en laboratoire et en plein air, valident cette hypothèse. En tenant compte aussi du rôle de l'isolement géographique, p […]
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