2. L'étude des mutations
Dès 1901, De Vries a découvert les mutations génétiques, ces variations héréditaires aléatoires, que l'on sait aujourd'hui être des changements dans la séquence des nucléotides. C'est dans un champ d'Hilversum, près d'Amsterdam, qu'il observe des transformations héréditaires de la plante Œnothera lamarckiana. Mais il s'agit d'hybrides et non de lignées pures. Aussi, ce qu'il prend pour des mutations ne sont en réalité que des formes revenant vers le type ancestral du fait de la loi de ségrégation mendélienne. Malgré cette erreur expérimentale initiale, De Vries a fait une découverte fondamentale, car les mutations représentent des phénomènes réels et qui restent à la base de l'évolution biologique. Il retrouve d'ailleurs à cette occasion, sans le savoir, des observations réalisées depuis le xviiie siècle, notamment par Jean Marchant, Pierre Louis Moreau de Maupertuis et Antoine Nicolas Duchesne, lequel découvrit par exemple une fraise des bois à feuille unilobée, Fragaria monophylla, qu'il cultiva un certain temps par semis. Quoi qu'il en soit, le mutationnisme de De Vries ne se réduit pas à la découverte d'un phénomène biologique essentiel. Lorsqu'il formule sa Théorie des mutations (Die Mutationstheorie), dès 1901, De Vries remet en cause le gradualisme, position traditionnelle des naturalistes, selon laquelle les changements évolutifs se font presque insensiblement à chaque génération. Pour le cofondateur de la génétique, l'apparition des nouvelles espèces est au contraire un phénomène quasi instantané, à condition que les mutations soient des changements héréditaires assez importants non seulement pour distinguer les descendants mutants de la forme parentale, mais aussi pour réaliser d'emblée un isolement sexuel tel que les individus ne pourraient plus avoir de descendance commune fertile, constituant ainsi avec la forme parentale deux espèces distinctes (conformément à la définition taxonomique de ce terme).
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