Des études classiques à Al-Azhar, où il fut le disciple du cheikh Muḥammad ‘Abduh, placèrent très tôt Manfalūṭī au centre des tensions entre modernisme et fidélité que développaient le nationalisme et le panarabisme face à l'irruption en Égypte de la technique et de la pensée occidentales. Dans le climat d'effervescence de la Naḥda (la Renaissance), période de pleine expansion de la presse arabe, il collabora à partir de 1908 au Mu'ayyad, hebdomadaire fondé au Caire en 1889 ; ces articles, réunis en volumes, forment la majeure partie des Mukhtarāt, 1912 (Morceaux choisis), pièces de vers et pages de critique littéraire, et des Naẓarāt (Regards), recueil d'essais (3 vol., 1910, 1912 et 1921) qui connut un large succès, non seulement par ses prises de position dans les controverses qui agitaient les milieux intellectuels, mais aussi en atteignant des couches de lecteurs plus populaires. Sa critique sociale, réformiste, s'attache tout particulièrement à dénoncer l'injustice faite aux pauvres et à rappeler le devoir de charité (iḥsān) islamique ; au nombre des victimes et des faibles, la femme, pour qui il réclame la reconnaissance de droits plus grands. L'influence y est sensible des théories de Rousseau, connues à travers les ouvrages de Faraḥ Anṭūn.
La vocation dénonciatrice et réformatrice de l'essayiste passe intacte chez le nouvelliste. Comme ses essais, ses nouvelles revêtent une intention didactique explicite, marquée souvent par une conclusion en forme de morale ou de commentaire édifiant. Si l'on en trouve déjà dans an-Naẓarāt, elles sont surtout rassemblées dans al-‘Arabāt, 1915 (Les Larmes), nouvelles de mœurs décrivant la vie populaire par le truchement de personnages à la psychologie peu fouillée, dans un contexte de sentimentalité romantique où point l'humour égyptien, discret et désabusé.
Mais l'œuvre de Manfalūṭī vaut par son style, qui instaure sans rupture une prose narrative moderne soutenue et originale. Le premier, il réalise un compromis entre élaboration artistiqu […]
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