6. Acousmonium-acousmathèque
Ce qui fait problème, habituellement, dans la situation de la musique acousmatique, c'est son radicalisme, et à travers lui, le plus souvent, sa pauvreté. Une salle de théâtre, une scène nue, un éclairage peu flatteur, quelques haut-parleurs tristement placés dans les coins, une accumulation de matériel technique hétéroclite, telle est la caricature du concert à faible budget monté en hâte durant la journée de relâche chichement consentie, et révélant surtout cette difficulté d'être propre aux démarches expérimentales, autant que la médiocrité du dialogue entre l'art et la technique. C'est pourtant dans cette aire restreinte que nombre d'œuvres prirent leur essor, pour quelques instants – ce qui n'est pas sans rappeler les débuts difficiles de l'aviation ou du cinéma.
Dans cette boîte à simulacre qu'est une scène de théâtre, il s'agit de réaliser, en grande dimension et de façon simple et convaincante, le déploiement et l'évolution des images acoustiques. Tout est nouveau dans cette expérience, le modèle de l'orchestre n'étant d'aucun secours, sauf peut-être en ce qui concerne le nombre et la disposition des agents sonores. Pour qu'un concert acousmatique ne se réduise pas à l'audition passive et monotone d'une pellicule qui se dévide en coulisse sur un appareil lecteur, mais provoque au contraire une écoute riche en impressions variées, en contrastes de dimensions et de mouvements, d'ombres et de couleurs sonores, il faut tout à la fois :
– un étalement suffisant des registres acoustiques ;
– un nombre minimal de chaînes indépendantes permettant de varier les calibres ;
– un sens de la « stratégie » ou de la mise en scène des événements dynamiques et des couleurs acoustiques ;
– des œuvres, enfin, qui se prêtent, par la logique de leur organisation, à une « interprétation ».
Nous avons osé le mot d'acousmonium pour définir la disposition ou le lieu d'un tel spectacle dont nous sommes certains que les décennies futures développeront le fécond répertoire, aussi in […]
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