Le musée Getty de Malibu, en Californie, est, à l'origine, un rêve de milliardaire. Aujourd'hui, l'institution, qui dispose toujours d'un exceptionnel budget pour l'acquisition d'œuvres d'art, est devenue aussi un centre de recherches et de documentation en histoire de l'art qui accueille des savants du monde entier. Rien de paradoxal dans cette double vocation, tout à fait dans l'esprit du fondateur, attaché à la formation artistique du public ainsi qu'à la défense des humanités.
Deux ans avant la mort de J. Paul Getty en 1976, le musée auquel son nom reste attaché, œuvre de sa vie, avait ouvert ses portes, à la stupéfaction du monde entier. Dominant une plage connue jusqu'alors uniquement par les aficionados du surf, une villa inspirée de celle des Papyrus, à Herculanum, renfermait la plus étonnante des collections artistiques américaines. Au rez-de-chaussée, un musée consacré à l'Antiquité classique (le bronze grec dit « de l'athlète victorieux » et un Hercule de marbre provenant de Tivoli en sont les pièces les plus spectaculaires) ; à l'étage, dans une série de « period rooms », remontées à partir de grands décors du xviiie siècle pour l'essentiel, des meubles, souvent de provenance royale française et une galerie de tableaux constituée en trente ans : Saint Luc de Simone Martini, Saint André de Masaccio (artiste dont le Louvre ne possède aucune peinture), des œuvres de Carpaccio, Rembrandt, Georges de La Tour, Poussin... Dans l'histoire des musées américains, le décor de cinéma de Getty succédait au palais vénitien d'Isabella Stewart Gardner à Boston, à la maison française de Henry Frick à New York ou au rêve anglomane de Henry Huntington à Pasadena. L'exemple des cloisters new-yorkais voulus par John D. Rockefeller à Manhattan servait à répondre aux critiques qui dénoncèrent la pauvreté de l'ambition architecturale, le caractère démodé de ce pastiche au début des années 1970. Le public plébiscita Getty.
La fortune de J. Paul Getty, né à Minneapolis, dans le Minnesota, en 1892, reposait, […]
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