Comme beaucoup d'écrivains femmes, Muriel Spark ne découvrit sa vocation que relativement tard, alors qu'elle menait une vie difficile. Lorsque parut le premier de ses romans Les Consolateurs (The Comforters, 1957), elle avait trente-neuf ans et se relevait d'une grave dépression nerveuse. Elle trouva là d'emblée sa voix et sa manière, le ton acerbe et ironique, le sens du grotesque qui devaient marquer son œuvre.
Depuis la fin des années 1950 jusqu'à celle des années 1970, Muriel Spark publia, ou peu s'en faut, un roman par an, auxquels s'ajoutèrent nouvelles, essais, pièces de théâtre, poèmes. En 1961 paraissait Le Bel Âge de Miss Brodie (The Prime of Miss Jean Brodie), l'histoire d'une institutrice inspirée qui parlait à ses élèves de sexe et de Mussolini et les incitait à devenir « la crème de la crème ». Le succès du livre puis du film qui en fut tiré et des adaptations télévisées allaient assurer à Muriel Spark une sécurité financière.
Muriel Sarah Camberg naquit à Édimbourg, le 1er février 1918, d'une mère anglaise qui enseignait la musique et d'un père « né de parents juifs écossais », qui exerçait le métier d'ingénieur. Des origines qu'elle eut toujours le souci d'assumer, que ce soit l'éducation en Écosse (même si elle n'entra pas à l'université, le coût des études étant trop élevé et ses goûts ne l'y poussant pas) ou la judéité (La Porte Mandelbaum [The Mandelbaum Gate], 1965). Mais ce sont en vérité toutes les étapes et les grands choix de sa vie qui transparaissent dans son œuvre : « J'avais toujours eu conscience d'être en train d'amasser de l'expérience pour quelque œuvre littéraire future. » En 1937, elle épousa Sydney Oswald Spark (le S.O.S. de son autobiographie, Curriculum Vitae, 1992), un homme de treize ans plus âgé qu'elle, affligé de troubles mentaux, qu'elle suivit en Rhodésie du Sud et dont elle eut un fils, Robin. Ses nouvelles (The Go-Away Bird, 1958) suggèrent non seulement le porte-à-faux de l'existence coloniale, mais la tristesse et les difficultés qu'elle endur […]
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