2. Un nouveau langage pictural
Le langage pictural, au même titre que le signe écrit, tente d'instaurer une connaissance et une communication par le regard, en s'adressant à un public qui ne fréquente pas les musées et en transcrivant des gestes et des attitudes qui n'avaient jamais eu droit de cité dans la peinture mexicaine. Cette transcription se fait souvent au mépris de toute logique chronologique et spatiale, en bousculant le code figuratif : le muralisme évitera ainsi, en grande partie, de tomber dans les pièges et la fadeur du réalisme socialiste. On relit l'histoire, comme dans les magnifiques et gigantesques fresques de Rivera du Palais national, siège de la présidence, qu'il commence en 1929 et ne terminera, après de multiples interruptions, qu'en 1952. Cette relecture est souvent tournée contre l'entreprise coloniale espagnole au Mexique qui avait débuté en 1519 : de la Conquête il ne subsiste plus, dans les peintures de Jean Charlot sur les murs de l'École nationale préparatoire, que des corps indiens martyrisés, dépecés, transpercés par des guerriers espagnols changés en robots criminels. Dans Le Franciscain, Orozco montre un moine embrassant un Indien pour mieux aspirer sa substance vitale ; Rivera donne de Cortès l'image d'un être dégénéré. L'art mural s'éloigne de la sérénité italienne pour évoluer vers un expressionnisme de plus en plus violent, déjà présent dans les premières peintures d'Orozco, mais magnifié dans ses fresques de l'hospice Cabañas et à l'université de Guadalajara entre 1936 et 1939.
Le muralisme devient ainsi une des expressions plastiques majeures du xxe siècle. Rivera apparaît comme un coloriste magistral. L'horreur du vide qu'il manifeste dans ses fresques n'est jamais en contradiction avec une lisibilité parfaite. C'est le peintre de la germination, « de la création et de la recréation incessante de la matière » (Octavio Paz). Formidable innovateur en matière de techniques picturales, Siqueiros propose une peinture de contrastes entre l'ombre et la lumière, animée de mouvements violents, parfois aux limites de la grandiloquence. De l'œuvre d'Orozco, abondante et variée, se dégage un sentiment de tragique qui n'exclut pas le sarcasme. Dans cette peinture qu'on a trop souvent réduite à l'usage du blanc et du noir, la couleur se déverse parfois comme un incendie. Orozco est le peintre du chaos, de la violence, de la destruction mais aussi de l'ascension, de la sublimation.
[…]… pour nos abonnés, l'article se prolonge sur 3 pages…



