2. Les mondes parallèles
Les débuts littéraires de Murakami remontent à 1979, avec la parution de Kaze no uta o kike (Écoute le chant du vent), roman d'une jeunesse désabusée emportée par le temps. Suivent deux autres titres, 1973 nen no pinbōru (Le Flipper de 1973) en 1980, et Hitsuji o meguru bōken (trad. franç. La Course au mouton sauvage) en 1982. Ces trois romans forment ce que la critique appelle « La trilogie du Rat », du nom de l'un des protagonistes, ami du narrateur. L'univers de Murakami se dessine nettement dès ces premiers textes, avec ses thèmes de prédilection, dont le sentiment de la perte, et l'idée que ses personnages se définissent par ce qu'ils perdent bien plus que par ce qu'ils gagnent. Pour autant, ils ne se révoltent pas contre leur sort, mais attendent, résignés, que le temps apporte des solutions ou une consolation.
En 1980, Murakami prend la décision de vivre de sa plume et cède son café-bar. La décennie voit sa renommée confirmée, avec la publication en 1985 de l'une de ses œuvres les plus importantes, Sekai no owari to hādo boirudo wandārando (trad. franç. sous le titre La Fin des temps). Cet ambitieux roman repose sur un dispositif d'écriture complexe mettant en place deux mondes parallèles, auxquels les chapitres sont consacrés alternativement : la jonction des deux mondes s'opère lorsque les deux récits se croisent. Les deux narrateurs, héros de chacun des mondes, s'identifient alors l'un à l'autre à l'instant même de leur disparition. Par la suite, un événement éditorial majeur crée en 1987 un véritable « phénomène Murakami », tant sociologique que culturel : il s'agit de la publication de Noruwē no mori (trad. franç. sous le titre La Ballade de l'impossible), qui atteint des records de vente. Pour toute une génération, ce roman joua le rôle de requiem pour sa jeunesse passée.
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