Indianiste, linguiste, mythologue d'origine allemande, Friedrich Maximilian Müller a laissé une œuvre qui, avec ses vingt volumes, ouvrait un chemin de crête dans le massif nouvellement découvert de l'histoire des religions. Sanskriste, élève de Burnouf à Paris, chargé par la Compagnie des Indes d'éditer le Rig-Veda, il enseigna à Oxford de 1850 à 1876, avant de se consacrer à l'édition des Sacred Books of the East. Mais c'est par la linguistique, science alors neuve, que Müller a inauguré une autre science, sœur-épouse de la première : la mythologie comparée.
1850, c'est la date où toute l'Europe savante organise un savoir, avec ses chaires et ses instituts de recherche, autour d'une question fondamentale : d'où viennent ces histoires absurdes et sauvages sur le commencement des choses, l'origine des hommes, du soleil, des étoiles, de la mort ? Pourquoi l'humanité a-t-elle si longtemps raconté les aventures infâmes et ridicules des dieux ? Pourquoi les êtres divins sont-ils regardés comme incestueux, adultères, meurtriers, voleurs, cruels, cannibales ? La mythologie comme objet de savoir est appréhendée dans un état de scandale qui mobilise les intelligences, rend urgente l'activité d'une science décidée à éclairer de ses lumières l'obscénité de la fable. Obscénité d'autant plus insupportable que les Grecs eux-mêmes, les plus raisonnables des hommes, attribuent à leurs dieux « des choses qui feraient frissonner le plus sauvage des Peaux-Rouges ».
Pour Müller, de même que pour ses contemporains, A. Lang, E. B. Tylor, P. Decharme, A. Kuhn, la mythologie est perçue comme un irrationnel de la pensée et de la parole. L'explication ne peut être que linguistique. Car la « science du langage », après les conquêtes de la grammaire comparée et les victoires de la philologie védique, semble être un instrument assez puissant pour rendre compte de toute pensée langagière. Désormais, la Mythologie comparée (1856) se fait à travers les Leçons et Nouvelles Leçons sur la science du langag […]
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