2. La banque des pauvres
En 1974, trois ans après son retour, le Bangladesh est touché par une terrible famine qui fait 1,5 million de morts. Yunus s'en émeut profondément : « Les gens mouraient de faim dans la rue et moi je continuais à enseigner d'élégantes théories économiques sans aucune prise avec la réalité », dira-t-il. Il décide alors de constituer avec ses étudiants un groupe de « recherche action ». L'objectif est de trouver des remèdes à la pauvreté dans le village de Jobra proche de l'université. Après s'être intéressé à l'amélioration des rendements agricoles (avec de nouvelles variétés de riz), le groupe identifie rapidement que le coût prohibitif du crédit entretient la pauvreté : le taux d'intérêt des usuriers locaux pouvait s'élever à 16 p. 100 par jour pour les petits prêts. Yunus prête alors 850 takas à 42 femmes pauvres de Jobra qui devront lui rembourser ponctuellement et intégralement la somme due. Il réitère l'opération avec succès et tente, en vain, de convaincre les banques de se joindre à cette initiative. C'est alors qu'il décide de fonder sa propre structure : la Grameen Bank (grameen signifie village en bengali), née en tant que projet de recherche en 1976, devient une banque en 1983. L'originalité du programme est de prêter non pas à des individus mais à des groupes d'emprunteurs (de cinq personnes) solidairement responsables du remboursement. Les emprunteurs ont ainsi intérêt à s'autosélectionner (personne n'a intérêt à s'associer à une personne peu fiable), à s'assurer de la bonne utilisation du prêt par chacun des membres du groupe, et à faire pression sur ces membres afin qu'ils remboursent leur dû. Le « collatéral social » vient pallier l'absence de collatéral (garantie) physique : la Grameen Bank n'octroie des prêts qu'à des ménages pauvres possédant moins de 0,5 acre, soit environ 0,25 hectare, de terre. En 2005, la Grameen Bank couvrait 85 p. 100 des villages du Bangladesh et comptait 5,31 millions de clients dont 96 p. 100 de fe […]
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