2. L'initiateur d'une doctrine antiféodale
Le ressort originel de la réflexion de Maître Mo fut sa répulsion pour la guerre sous toutes ses formes, intérieures et extérieures, telle qu'elle sévissait de son temps en prenant des proportions terrifiantes. Il se sépare d'abord des confucianistes sur le reproche qu'il leur fait de prêter la main, pour arriver au pouvoir, à des complots générateurs de guerre civile ; et lorsqu'il entre lui-même en scène politiquement, c'est pour dissuader des princes puissants de lancer leurs armées sur de petits pays sans défense. Le plus glorieux des conquérants, écrit-il, responsable de quantité de morts, n'est qu'un meurtrier incomparablement plus criminel que l'assassin d'un seul homme. Voyant l'origine de la guerre et de tous les crimes dans l'hostilité avec laquelle l'homme en général, isolé dans son égoïsme, considère ceux de ses semblables qui lui sont étrangers, il prêche pour une vaste communauté humaine solidaire où chacun traiterait autrui, si éloigné qu'il soit, en prochain, par la pratique de l'amour universel, thème central de la doctrine moïste. Divergeant considérablement de la conception confucéenne de la vertu, qui distingue des degrés dans le respect et l'affection que se doivent mutuellement les hommes selon la plus ou moins grande proximité de leurs positions réciproques familiales et sociales, cet idéal d'altruisme indifférencié est soutenu, non plus par une philosophie morale des sentiments naissant spontanément des relations diversifiées de la parenté naturelle et extrapolées aux relations sociales, mais par un calcul logique de l'intérêt faisant ressortir le plus grand avantage pour tous d'une discipline commune de la recherche du profit. Une telle discipline est rendue impraticable par les vices de l'ordre établi. Inspiré comme tous les penseurs de l'époque par l'utopie de la grande harmonie, Maître Mo réclame l'abolition des structures familiales de l'État ainsi que de l'hérédité des fonctions en vue d'établir une nouvell […]
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