3. Société et institutions
La société mozabite, divisée en « ordres », distinguait les tolba – ceux qui font des études supérieures en sciences coraniques, les « clercs » – et les (‘awamm), les gens du commun. L'égalité des hommes sous l'unique majesté de Dieu n'était point par là remise en cause. Des privilèges juridiques ou sociaux étaient reconnus aux tolba, mais ces derniers ne constituaient pas une caste sacerdotale ou un clergé. Ils devaient vivre dans le siècle, travailler, pratiquer l'ascétisme, non le mysticisme, refuser la richesse comme le dépouillement. L'ordre des tolba, qui comportait toute une hiérarchie allant des clercs majeurs aux clercs mineurs, ceux-ci divisés en ikhouan (frères) et en imesorda (ceux qui balbutient le Coran), comprenait non seulement les dignitaires de la mosquée et le cadi, mais aussi les maîtres d'écoles et jusqu'aux laveurs de morts, qui jouaient le rôle de censeurs des mœurs ; les femmes étaient soumises de même à l'autorité des laveuses de morts, gardiennes vigilantes des règlements.
Les « clercs » dirigeaient politiquement la communauté : le conseil restreint des i‘azzābān (reclus) composé de douze membres, qui détenait le magistère moral, entourait l'imām, l'autorité supérieure. Chaque cité avait le sien, mais le conseil (ḥalḳa) de Ghardaïa avait une prééminence de droit. L'action des clercs portait surtout sur les sujets de dogme et de morale et consistait à définir des ittifāqāt (décisions), faisant convention. En matière pénale, ils prenaient l'avis des représentants des ‘awamm ou leur en abandonnaient la réglementation.
Les « laïcs » disposaient en effet d'une assemblée des anciens les plus vénérés, les imoqranen. Cette djemā‘a profane ne siégeait point à la mosquée, mais sur la place du marché ou dans un cimetière. Après l'occupation du Mzab par la France, elle devint la principale assemblée délibérante, collaborant avec l'adjoint indigène nommé pour les tâches municipales et fiscales. Elle veillait désormais à la police locale, remplaçant une vieille insti […]
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