2. Anthropologie de la mousson
• Un terme de navigation
Le mot « mousson » fut inventé par les navigateurs utilisant les vents alternants qu'ils désignaient ainsi pour traverser la mer d'Oman à la voile. Depuis l'Antiquité, en effet, les entrepôts de la côte du Malabar au sud-ouest de l'Inde (Cranganore et, plus tard, Calicut, Cochin) n'ont cessé d'exporter des épices vers le monde méditerranéen. Aux productions locales s'ajoutaient des épices venant d'autres régions de l'Asie, dont, au passage, les médecins locaux ont exploré les propriétés thérapeutiques pour combattre rhumatismes et fièvres. C'est la mousson qui fit de cette région le « pays des épices » par excellence, en lui donnant le rôle de plaque tournante dans le commerce des épices.
La mousson a commandé pendant deux millénaires (jusqu'à l'avènement des bateaux à vapeur) le trafic dans la mer d'Oman. D'après le témoignage de Strabon (II, v, 12), géographe gréco-romain, on savait déjà, en l'an 25 avant J.-C., tirer parti de la mousson pour une traversée directe. « On voyait jusqu'à cent vingt navires mettre à la voile [sur les bords de la mer Rouge] pour l'Inde », où l'on venait chercher le poivre, le gingembre, la cannelle et bien d'autres épices. Le retournement des vents deux fois par an permettait de cingler en été du sud de l'Arabie par l'île de Socotra jusqu'à la côte du Malabar, et d'en revenir en hiver. Ce bref rappel historique n'est pas inutile dans la mesure où il enseigne l'existence d'une association traditionnelle entre la mousson et les épices. Cependant, le point de vue des marins qui ont inventé le mot lui-même de « mousson » reste extérieur aux conceptions indigènes. Les marins ne voient que le phénomène météorologique d'un renversement périodique des vents, là où, dans le calendrier, le folklore et les sciences de l'Inde, ce renversement périodique développe une bipolarité de l'univers, une alternance fondamentale du sec et de l'humide.
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