2. Un art de synthèse
Motonobu fut le premier grand peintre des temps modernes au Japon. Il opéra une synthèse entre le kanga (peinture à l'encre à la mode chinoise), dont il utilisait les traits variés, et les vives couleurs du yamato-e, créant ainsi un art décoratif, très extérieur, mais d'une vigueur inconnue jusqu'alors. L'autorité de son pinceau a longtemps influencé ses descendants. Ses œuvres révèlent des tendances très diverses : outre ses compositions décoratives, il peignit pour Hosokawa Takakuni le Kuramadera engi, aujourd'hui disparu et, avec son atelier, les six rouleaux du Shakadō engi (au Seiryōji de Kyōto). Ainsi, dans le Seiryōji engi, il narre avec verve le voyage miraculeux vers la Chine de la statue en bois de santal du Buddha, exécutée à la demande du roi Udayana, en l'absence de celui-ci monté au ciel des Tusita pour y visiter sa mère. Enlevée par un moine qui la portait de jour sur son dos, cette statue, s'animant la nuit, transportait alors son compagnon de route. Le voyage s'effectue à travers des vallées encaissées de hautes montagnes, qui sont tracées à larges traits par Motonobu et rehaussées de couleurs d'une grande fraîcheur. Plus loin, on assiste ensuite à la copie de cette image, faite à l'intention d'un moine japonais qui la rapporta en 985 au Seiryōji. On peut rapprocher de ces rouleaux les panneaux votifs (ema) peints sur bois en couleurs opaques, retrouvés au Kamō-jinja de la province de Hyōgo ; seule œuvre signée qui se soit conservée, elle représente deux chevaux blancs menés par des palefreniers. Son talent de décorateur s'affirme également dans ses éventails peints à l'encre sur un fond d'or (procédé emprunté aux Tosa) qui sont conservés au Musée national de Tōkyō.
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