3. Évanescence du sujet motivé et problème de méthode
La subversion du sujet apparaîtrait donc totale, si une fonction du moi n'était pas dévolue à l'orchestration actuelle entre besoins pulsionnels contradictoires et exigence mortelle du surmoi. Mais le moi, représentant essentiel du monde extérieur, s'avère déterminé lui-même par ce qu'il a vécu, c'est-à-dire par l'accidentel. Cependant, caractérisé par le pouvoir de « tenir les choses à distance » et par la compulsion à la synthèse, il s'efforce de découvrir le moyen « le plus favorable et le moins périlleux » d'obtenir une satisfaction, au nom de ce principe d'économie cher à Leibniz. Mais manque précisément au sujet freudien la connaissance impartie à Dieu des différentes séries, dont il faut démêler l'entrecroisement actuel pour comprendre l'action présente de la monade.
Pourtant, selon le postulat fondamental de la psychanalyse, le sujet « n'est pas sans savoir » – expression freudienne soulignée par Jacques Lacan – ce qui le motive à agir. Aussi bien la reconstruction du processus historique de la motivation sera-t-elle possible dans la situation transférentielle, lieu où les vicissitudes de position de l'analyste deviennent, grâce à l'illusion personnalisante, les moments de l'inconscient dans la découverte qu'on en fait. Est ainsi postulé un éclectisme aussi difficile à manier que seul justifiable en dernier ressort, le psychanalyste signifiant les trois strates de la motivation, autant stimulus que besoin pulsionnel ou exigence d'idéal.
Cet éclectisme, les expérimentalistes, et tout particulièrement Lewin, s'efforceront de le battre en brèche, aspirant à conférer un sens plus directement opératoire au terme de motivation. Mais la psychologie dynamique se donnera en même temps comme « généralisation » de la dynamique freudienne. Si Freud avait déjà relativisé la notion de champ psychologique en montrant que le plus court chemin de satisfaction n'était pas fixé par un étalon absolu, mais par le système libidinal de référe […]
… pour nos abonnés, l'article se prolonge sur 7 pages…



