2. Le motet médiéval
Le premier motet est donc une forme polyphonique fondée sur une « teneur » généralement instrumentale, empruntée soit à la liturgie, soit au répertoire profane (chansons populaires) ; au-dessus de cette teneur évoluaient une ou deux voix contrepointées, supportant des paroles latines ou en langue vulgaire, sacrées ou profanes. Souvent, dans les motets à trois voix, les deux voix supérieures supportaient des textes différents, avec ou sans parenté sémantique, en vertu d'un symbolisme cher aux esprits médiévaux (un texte d'amour profane pouvait se superposer à une antienne à la Vierge, par exemple). Techniquement, c'est le triomphe de l'horizontalisme, du contrepoint pur, la pluralité des textes accusant l'indépendance des parties.
Ainsi le motet n'était-il pas une forme spécifiquement religieuse ; le profane s'y mêlait au sacré, et il existait des motets purement profanes, par exemple, le motet 311 du manuscrit de Montpellier : sur une teneur liturgique la voix supérieure chante : « Se je chante ce fait amour / Qui mon cuer esclaire nuit et jour », tandis que la deuxième voix fait entendre les paroles suivantes : « Bien doi amer mon ami / Autant que moi... » Au reste, le motet n'était point destiné à être chanté à l'église, mais devant une assemblée de connaisseurs, d'esprits raffinés. Ce fut la forme la plus en faveur dans la seconde partie du xiiie siècle : on dispose de plusieurs centaines de textes provenant principalement des manuscrits de Montpellier, de Bamberg, de Wolfenbüttel et de Florence.
[…]… pour nos abonnés, l'article se prolonge sur 4 pages…



