Le compositeur américain Morton Feldman est l'un des représentants du graphisme musical qui a tenté de libérer la musique de la rigueur de la notation traditionnelle.
Né à New York, il travaille le piano avec Vera Maurina-Press, une amie de Scriabine et disciple de Ferrucio Busoni. Puis il se tourne vers la composition, qu'il étudie avec Wallingford Riegger, l'un des premiers défenseurs du dodécaphonisme aux États-Unis, et Stefan Wolpe. Il fréquente les galeries de peinture new-yorkaises et subit profondément la marque de la peinture expressionniste abstraite. Sa rencontre avec John Cage, au début des années 1950, va jouer un rôle déterminant dans la suite de sa carrière. Il travaille en étroite liaison avec lui et forme, en compagnie du compositeur Earle Brown et du pianiste David Tudor, un groupe qui occupe une place essentielle dans la vie musicale américaine. Il élabore un système de composition qui permet d'intégrer des éléments indéterminés dans l'interprétation de sa musique. Ses premières partitions (Projections, pour violoncelle, 1950-1951 ; Marginal Intersection, pour orchestre et bande magnétique, 1951) sont notées sur papier quadrillé ; seul le temps est fixé de façon précise (la durée étant fonction de la longueur des rectangles), les hauteurs, les dynamiques et l'expression restant, dans une très large mesure, à l'appréciation de l'interprète. Cette notation approximative débouche sur un véritable graphisme musical qui génère de réelles œuvres d'art et qui permet de donner aux éléments indéterminés toute leur importance. Elle se concrétise dans des séries de partitions instrumentales dont les titres évoquent les préoccupations multidimensionnelles du musicien : Durations I-V, Extensions I-V, Projections I-V, Vertical Thoughts I-V, Intermissions I-VI, Structures I-II, etc. À la fin des années 1950, Feldman abandonne progressivement le graphisme musical (sa dernière œuvre en la matière est In Search of an Orchestration) et élabore un système plus précis où la notion de temps reste […]
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