2. Le génie de l'illustrateur
S'il fut remarquable comme peintre, Moronobu conquit une célébrité inaltérable par son œuvre gravé. De 1670 à 1685, il paraît y avoir consacré le plus clair de son temps. Il fut d'ailleurs l'un des illustrateurs les plus féconds de toute l'histoire de l'ukiyo-e : on ne dénombre pas moins de cent cinquante ouvrages auxquels il collabora en dix ans. Il y aborda les sujets les plus divers, depuis les conseils horticoles jusqu'aux scènes amoureuses, celles-ci formant une part plutôt restreinte.
Les débuts de la xylographie profane remontent aux environs de 1600. Dans un écart croissant d'avec les traditions classiques, elle évolua comme la peinture de genre, à la recherche d'une expression personnelle. C'est surtout à Edo, après le grand incendie de 1657 qui fit disparaître toute trace de publication illustrée, que se dessine le style de l'ukiyo-e. Encore mal affermi et quelque peu grossier, il progresse pendant les années 1660, surtout à travers les manuels de sexualité et les recueils critiques des courtisanes. Mais il lui manque un chef de file. Parmi les ouvrages les plus anciens et les plus beaux de style ukiyo-e, il faut citer Yoshiwara makura (L'Oreiller de Yoshiwara, anonyme, 1660) : cet ouvrage annonce Moronobu par la grâce du trait et le soin de la composition. Beaucoup d'historiens d'art le lui attribuent d'ailleurs, ainsi qu'un bon nombre des illustrations produites au cours des années 1660. Mais on ne peut retracer sûrement l'itinéraire artistique du maître qu'à partir de 1672, avec sa première œuvre signée : Buke hyakkunin isshu (Les Cent Poètes guerriers).
Moronobu est arrivé à point nommé pour unifier les diverses tendances suivies en xylographie. Bien plus, il va fixer l'idéal d'une époque. Si, pour commencer, il s'inspire de ses devanciers anonymes d'Edo, très rapidement il atteint un style personnel, dégagé de toute gaucherie. Quel que soit le sujet abordé, on sent la recherche du beau, non pas la joliesse facile. Il met au poi […]
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