Rares sont les actrices qui présentent une double image de marque aussi paradoxale. Pour les Français, par exemple, Monica Vitti est l'« icône » du cinéma d'Antonioni. Elle ne tourne pourtant que quatre films avec le maître du cinéma italien, entre 1960 et 1964 – avant de le retrouver dans l'étrange Mystère d'Oberwald en 1980 –, sur une carrière qui s'étend sur près de quarante ans et plus de cinquante films ! Depuis longtemps, la critique et le public italiens, sans rejeter le moment antonionien, la tiennent pour une des plus grandes actrices de la comédie italienne, capable de tenir tête à un Ugo Tognazzi, un Vittorio Gassman, un Alberto Sordi, un Nino Manfredi, un Giancarlo Giannini...
Maria Luisa Ceciarelli est née à Rome le 3 novembre 1931. En 1953, toujours à Rome, elle obtient le diplôme de l'Accademia d'arte drammatica Silvio d'Amico. Elle débute au théâtre dans des tournées et des petites revues. Si sa voix rauque, voire plaintive, constitue à l'époque un handicap qui la rapproche de Claudia Cardinale, son physique la situe aux antipodes des rondeurs plantureuses qui faisaient la joie du public masculin italien, d'Elli Parvo, Silvana Pampanini ou Silvana Mangano à Gina Lollobrigida et Sophia Loren. Sa silhouette élancée se double d'un visage sévère. Elle restera toute sa carrière allergique aux scènes de nu ou aux tenues sexy, se limitant à la prude combinaison. Dès 1954, elle apparaît dans des petits rôles au cinéma ou à la télévision. Elle se veut d'abord actrice, mais c'est en doublant des actrices choisies sur leur seul physique, en l'occurrence Dorian Gray, qui interprète le rôle de Virginia dans Le Cri, qu'elle rencontre Michelangelo Antonioni en 1957. « Je répétais que je voulais faire du théâtre, du grand théâtre », racontera-t-elle. Elle joue en effet Shakespeare ou Brecht comme Feydeau, Ionesco ou Molière. Pour elle, Antonioni monte presque une troupe et la dirige dans une pièce au Teatro Eliseo, Scandali segreti (« Scandales secrets »). La pièce est mal accueillie et Antonioni reconnaît que le théâ […]
… pour nos abonnés, l'article se prolonge sur 1 page…



