3. Art et religion
Les Mongo ne sont pas sculpteurs. Leur créativité s'exprime par la danse et la littérature orale, arts tout imprégnés de leurs conceptions religieuses.
Chez les Mongo occidentaux, spécialement les Ekonda, des troupes de danseurs dirigés par un maître de ballet exécutent des sortes de comédies musicales parfaitement réglées. La plus connue, appelée bobongo, a été créée au xixe siècle par un danseur renommé. Il existe encore de nombreuses troupes de bobongo, exclusivement masculines ou féminines. Les tableaux se succèdent selon un schéma unique, qui toutefois autorise les inventions du maître de ballet. Ces innovations ne peuvent pas être copiées par une autre troupe. Une part est laissée aussi à l'inspiration de chaque exécutant, qui peut s'adresser à un spectateur pour le louer ou le blâmer. Art vivant et traditionnel au niveau de l'exécution, il l'est aussi au niveau de la pensée. En effet, un danseur de bobongo se doit de partager et d'exprimer toutes les conceptions religieuses et morales des Ekonda. Les danses sont entrecoupées par de longs rituels où sont invoqués les génies bilima, intermédiaires entre le dieu créateur et les hommes, ainsi que les esprits des morts. Bontala, génie protecteur de la danse, est tout spécialement révéré. Avant le spectacle, les acteurs sont soumis à des interdits ; s'ils ne les observent pas, ils risquent la honte de l'insuccès.
Le « livret » du bobongo est aujourd'hui encore riche en commentaires moralisateurs : condamnation du vol, de la prostitution, de la jalousie, de l'amour libre, de l'égoïsme, de l'individualisme, du mensonge. Les vertus louées sont la dévotion aux forces invisibles, le respect de l'autorité, l'amour du prochain, l'hospitalité, le mariage, la continence, la pudeur verbale, la patience, le courage. Une partie historique rappelle l'origine des Ekonda, les guerres, les victoires passées et parfois l'arrivée des Européens.
Les Mongo orientaux pratiquaient aussi l'art de la danse, mais de façon moins formelle. Ainsi lors du lukutu, fête des alliances matrimoniales chez les Hamba, voisins des Tetela, les Nkumi, membres d'une confrérie qui partageait avec les aînés de lignage le pouvoir politique, apparaissaient le visage peint de lignes et de points rouges et blancs, la bouche fermée par une aiguille ou un brin d'herbe, splendide symbole de secret et de silence.
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