3. L'horizon de la question du fondement
Déjà, comme on l'a vu, l'analyse de la notion de monde dans le contexte d'une réflexion sur l'expérience préréfléchie conduit à une problématique de fondement. Mais l'étude de la nature, telle que la pratique la science, semble devoir soulever également, de son côté, un problème de fondement. La physique a donc créé des concepts qui ont un pouvoir totalisant à l'égard des phénomènes de la nature. Ces concepts eux-mêmes s'inscrivent à l'intérieur de certaines présuppositions, ils mettent en jeu une idée de la nature qu'il appartient à une réflexion ontologique de tenter d'élucider. La question qui se pose ici pourrait être formulée de la façon suivante : comment faut-il penser l'être des étants naturels pour comprendre qu'ils puissent se prêter à une interprétation géométrisante ? Certes, l'idée d'une représentation intégrale en termes de champ n'est encore, pour l'instant, qu'un programme, mais en elle se révèle déjà une vision globale de la nature. Selon cette vision, la nature n'est pas un système de choses liées entre elles par des interactions diverses, mais un système de potentialités qui précontient en quelque sorte toutes les manifestations phénoménales (particules diverses, charges électriques, mouvements, interactions entre matière et rayonnement, etc.).
On ne peut perdre de vue cependant qu'une théorie du champ, même très généralisée, ne concerne que les processus les plus généraux de la nature. Il faut encore tenir compte de ce qu'on pourrait appeler son aspect architectural : la nature se présente à nous sous la forme d'une multiplicité de formes qu'on peut classer par ordre croissant de complexité depuis les édifices atomiques jusqu'aux formes vivantes les plus évoluées. Chaque niveau de complexité présuppose nécessairement les précédents : à toute forme correspond une structure caractéristique, et une structure ne peut être réalisée que sur un support d'une complexité appropriée. Ainsi la cellule vivante représente u […]
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