4. La ville de Troie
Pendant toute l'époque néolithique, le monde égéen est étroitement tributaire de l'Anatolie. C'est à partir de l'Anatolie encore que le travail du métal va se diffuser en Égée vers la fin du IVe millénaire. Ce pays, riche en mines et en forêts, a très tôt connu le métal : au VIIe millénaire déjà, la métallurgie du cuivre semble avoir été pratiquée sur le plateau à Chatal Hüyük et les objets de bronze trouvés dans les tombes d'Aladja Hüyük témoignent 2 500 ans plus tard de l'habileté et de la science des artisans anatoliens.
L'apparition du métal dans le bassin de l'Égée paraît associée à un progrès décisif de la navigation. Des barques rudimentaires permettaient jusque-là le transport des matériaux indispensables. De véritables relations commerciales se créent alors à travers l'Égée, et des routes maritimes sont ouvertes le long des rivages et d'île en île. Les Cyclades, à la fois repères et refuges, prennent toute leur importance et la traversée de l'Égée devient affaire de routine.
À la même époque, un trafic s'instaure le long de la côte anatolienne, et une voie commerciale utilise les détroits pour atteindre la mer Noire et ses richesses. Au confluent de ces deux routes, à l'entrée des Dardanelles, s'élève en terre asiatique, sur une colline située à proximité de la côte, la ville de Troie ; c'est une citadelle qui peut contrôler, grâce à sa position, le commerce passant par le détroit ; sans doute est-elle en même temps place d'échange et de commerce, et les matériaux bruts venus des bords de la mer Noire, les objets finis apportés de Syrie et de Mésopotamie y confluent.
Fortifiée dès l'origine, la ville s'étend peu à peu et s'entoure de nouveaux murs. Tout démontre la prospérité de Troie II : des portes monumentales sont construites, l'une avec rampe d'accès ; à l'intérieur, de vastes édifices bâtis en forme de mégaron s'élèvent dans une cour à portiques ; le plus important atteint une vingtaine de mètres de long et une dizaine de large ; en son centre est placé un grand foyer circulaire. Le « trésor de Priam » qui provient des ruines de cette cité témoigne d'un art consommé dans le travail du métal, qui fait de Troie l'égale d'Aladja Hüyük.
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