3. Un bouddhisme sanskrit du Petit Véhicule
On affirme encore de nos jours que le bouddhisme de l'Asie du Sud-Est est – et a toujours été, au moins depuis le xiie siècle – celui du Mahāvihāra de Ceylan.
Un chercheur thaï a cependant montré que certaines sculptures des royaumes anciens de Thaïlande ne relevaient pas de l'iconographie de ce bouddhisme. La même chose a été démontrée pour certaines plaques vernissées à Pagán et à Pégou. Les premières illustrent des avadāna, les secondes l'armée de Māra, le démon bouddhique. Or, pour ces dernières, on a retrouvé des textes manuscrits parallèles datant du xviiie siècle. En d'autres termes, les Môn ont véhiculé un autre courant bouddhiste, depuis leur histoire la plus ancienne jusqu'à la plus récente. Il s'agit bien d'un courant du Petit Véhicule, mais de langue sanskrite, qui devait être dans la mouvance des Sarvāstivādin, secte qui fut fort répandue en Inde, et dont on soupçonnait l'existence en Asie du Sud-Est (mais au Cambodge) à haute époque.
Cela remet en cause l'histoire du bouddhisme de cette région du monde, telle qu'on l'enseigne encore le plus souvent. Les crises, les conciles locaux n'avaient pas seulement pour fonction de réformer la conduite des moines dont les mœurs se relâchaient, ils avaient surtout pour cause des querelles de doctrines, des luttes de sectes, comme c'est le cas pour toute grande religion.
Quoi qu'il en soit, la connaissance de la culture môn, qui est encore dans l'enfance, promet sûrement d'autres belles découvertes.
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