Descendant d'une célèbre famille dont le rayonnement intellectuel a été particulièrement brillant à Fès, Allal el-Fassi (‘Allāl al-Fāssī) a fortement marqué la vie sociale et politique du Maroc pendant près d'un demi-siècle. À peine entré à l'université de la Qarawiyyīn en 1927, il forme, avec quelques fils de famille, une association de jeunesse contestataire. Nourri de la pensée de mystiques et de politiques musulmans, il ambitionne de devenir le prophète du mouvement nationaliste. Entre 1920 et 1930, il publie des poèmes, participe à la propagation des écoles arabes libres, fait de la propagande en faveur d'Abd el-Krim, manifeste contre le Dahir berbère (1930) et connaît à deux reprises l'internement.
Après deux années d'enseignement à la Qarawiyyīn, il renonce à sa chaire. Toujours suspect, il échappe aux autorités françaises locales et gagne Paris, où il rencontre l'émir Chekib Arslan, le prestigieux partisan du panarabisme, en exil (1933). Il suit alors le mouvement national naissant et son animateur Hassan el-Ouazzani. Revenu à Fès en 1934, il participe, au sein du Comité d'action marocaine, à l'élaboration du Plan de réforme qui sera proposé à Paris sans succès. Élu président du nouveau Parti national formé en 1937, il est, par une mesure de sûreté prise par le gouvernement français pour couper court aux mouvements des masses marocaines, exilé peu après, pendant neuf ans, au Gabon. Coupé des mouvements d'idées qui animaient l'Europe et le monde arabe, il est acculé à ruminer les enseignements de la Qarawiyyīn. Une fois libéré, la hâte de rattraper son retard peut expliquer l'ambiguïté qui caractérise ses œuvres.
De retour au Maroc en 1946, il devient l'un des leaders du parti Istiqlāl créé en 1943, mais doit très vite s'exiler. Vivant à l'étranger de 1947 à 1953, il noue des contacts avec les représentants des pays arabo-musulmans de la Ligue arabe et s'installe au Caire (mai 1947), où il milite, aux côtés d'Abd el-Krim, des Tunisiens et des Algériens, pour former un Comité de libération du […]
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