2. « Je veux parler aux hommes le langage du vrai »
De la constitution du groupe des Cinq à la composition de Boris Godounov, l'existence de Moussorgski apparaît traversée d'épreuves diverses. En revanche, son univers intérieur s'enrichit de toute une somme de recherches qui le conduisent à la révélation de son langage propre. Malgré sa culture et son admiration pour les romantiques, la formation de son style ne doit pas beaucoup à l'étude scolastique des grandes formes, et il n'ambitionne nullement d'assumer sur le plan symphonique la succession d'un Schumann, d'un Berlioz ou d'un Liszt. Son attention le porte vers un autre centre d'intérêt plus conforme à ses dons essentiels de mélodiste et d'harmoniste. À quelques exceptions près, d'ailleurs remarquables, telles qu'Une nuit sur le mont Chauve, et la suite pour piano des Tableaux d'une exposition, son domaine de prédilection reste celui de la voix humaine dont il explore les possibilités avec une diversité de procédés unique en son temps. Par l'usage naturel qu'il fait des échelles modales de la musique populaire de son pays (en particulier, le mode phrygien), sensible dès ses premières compositions, et par une science harmonique dérivée de sa connaissance de la musique d'église, il se situe au cœur de traditions séculaires dont la présence constante dans son œuvre atteste la quête ininterrompue de la vérité psychologique et esthétique de l'homme et de l'âme russes.
« Découvrir les traits délicats de la nature humaine et des groupes humains, écrit-il, sonder avec opiniâtreté ce terrain vierge et en faire la conquête, voilà la mission du véritable artiste. »
Pour réaliser cet objet, il ne se contente pas de s'abandonner à ses dons naturels et aux charmes du folklore qui ne l'auraient peut-être pas conduit beaucoup plus loin qu'un Glinka ; il se met passionnément à l'étude de la parole humaine, de l'intonation parlée et de la rythmique du mot russe : « Quelle que soit la personne qui parle et surtout quoi que l'on dise, m […]
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