3. L'enjeu
Alors qu'on ne parlait pas encore d'aggiornamento, le « modernisme » a été, au début du siècle, l'une de ces crises dont le souvenir est demeuré profond, si subjective ou incertaine qu'en soit généralement l'image proposée.
L'occasion en a été la rencontre brutale de l'enseignement ecclésiastique traditionnel avec les jeunes sciences religieuses qui s'étaient constituées, loin du contrôle des orthodoxies et le plus souvent contre elles, à partir d'un principe révolutionnaire : l'application des méthodes positives à un domaine, à des textes jusqu'ici considérés comme hors de leurs prises. L'initiation à ces méthodes posait au savant catholique un dilemme troublant : voir dans cette laïcisation scientifique de l'univers religieux une contradiction intrinsèque, une profanation coupable, c'était se refuser à tout travail réel et se placer en position d'infériorité ; en accepter les règles semblait introduire le libre examen dans une religion qui l'excluait et, plus précisément, multiplier à l'infini des difficultés rebelles à tout traitement apologétique ou autoritaire.
Il y a plus important encore. Ce conflit ecclésiastique s'inscrit dans un vaste conflit et s'explique par lui. Il renvoie à un fait de civilisation global – les transformations dont la société actuelle est le siège –, sur l'appréciation duquel les catholiques se divisaient profondément, mais dont les incidences religieuses frappaient les moins avertis par leur négativité : tandis que le peuple des villes et des campagnes se détache de la religion ancestrale, la culture se soustrait au contrôle traditionnel de l'Église et la concurrence même sur son propre domaine en opposant les « sciences religieuses » aux « sciences sacrées ».
N'était-il donc pas possible de réconcilier ce qui s'opposait ? Et, pour que le peuple et la science s'ouvrent à l'Église, ne fallait-il pas que celle-ci, d'abord, s'ouvre à eux ? Le modernisme savant, laissant à d'autres le soin des foules, apparaît ainsi, en première analyse, comme le frui […]
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