4. La mode dévêtue : travaux empiriques
La mode n'est pas réductible aux changements qui affectent l'habillement ou la parure. En un sens plus général, la notion désigne la transformation incessante et à tendance cyclique, dans toutes sortes de domaines, des préférences propres aux membres d'une société donnée. Ainsi entendu, le phénomène de mode est un objet central pour la sociologie car il est l'exemple le plus pur de sa question fondamentale : comment les préférences individuelles constituent-elles – ou se conforment-elles – à une préférence collective ? Les recherches empiriques récentes se sont détournées de la mode vestimentaire pour s'orienter vers des matériaux plus pertinents et plus facilement exploitables, en particulier les prénoms.
Au début du xxe siècle, quand la sociologie se constituait comme discipline, la mode, qu'on en traite directement ou qu'on l'évoque à des fins d'illustration, était quasiment la référence obligée qui permettait de manifester, de la manière la plus commune, la part du social dans les comportements individuels. Comme forme de régulation sociale, comme mécanisme ou expression du changement et de la stratification, ses rapports avec les problèmes centraux de la sociologie paraissaient aller de soi. Comment expliquer alors la pauvreté des études empiriques sur le sujet, contrastant avec la caractérisation rituelle de la mode comme « phénomène social par excellence » ?
Un des grands obstacles au développement de travaux empiriques a été l'identification très forte du mot « mode » à la mode vestimentaire, sinon au vêtement lui-même. La littérature sociologique ou parasociologique sur la mode s'est, avec constance, empêtrée dans les chiffons. Or la mode vestimentaire est un exemple particulièrement impur du phénomène. Le choix d'un vêtement est en partie déterminé par sa disponibilité et par son coût. De plus, dans ce cas, chacun sait (plus ou moins) qu'il se conforme (plus ou moins) à la tendance collective du moment. Or ce qui est fasci […]
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